Louis-Joseph PAPINEAU
(1786-1871)
une esquisse biographique



Louis-Joseph PAPINEAU
par Antoine PLAMONDON (1804-1895)
Musée des beaux-arts du Canada, Ottawa

L'Histoire du Canada retient surtout de Louis-Joseph PAPINEAU qu'il fut, au Canada, à l'aube du parlementarisme canadien, bien plus qu'un homme politique combatif et qu'un très important tribun défenseur des francophones, l'un des principaux personnages de toute l'Histoire du Québec.

Présidant l'Assemblée législative du Bas-Canada durant plus de 20 ans, il s'opposa vivement au projet d'union du Haut-Canada (territoire ontarien, anglophone) et du Bas-Canada (territoire québécois, francophone) et défendit les revendications des Canadiens-français (notamment par « Les 92 résolutions » de 1834), devenant l'un des principaux instigateurs du soulèvement et de la rébellion (« Les Troubles de 1837-1838 »), mais sans prendre part à la lutte armée car, sa tête étant aussitôt mise à prix, il quitte, avec l'assentiment et l'aide de ses nombreux amis, chercher en pays étrangers des appuis pour son peuple : aux États-Unis puis en France.


Louis-Joseph PAPINEAU naît à Montréal le samedi 7 octobre 1786, deuxième enfant de Joseph PAPINEAU, notaire bientôt âgé de 34 ans, qui sera député libéral modéré (dans 10 ans, à compter de 1796, jusqu'en 1804) et seigneur (à compter de 1801) de « La Petite-Nation » (centrée à Montebello et Papineauville, sur l'Outaouais), et de Marie Rosalie CHERRIER, âgée de 30 ans, fille d'un marchand de Longueuil devenu notaire à Saint-Denis - sur - le - Richelieu.

Ses prénoms rappellent Louis-Joseph marquis de MONTCALM (1712-1759), le lieutenant général des troupes, qui hélas! n'a pas pu, en 1759, 27 ans auparavant, à Québec (sur les « Plaines d'Abraham [MARTIN] »), conserver le Canada à la France.

Les cousins maternels

Par sa mère, Louis-Joseph PAPINEAU aura 3 cousins avocats et célèbres, dont 2 plus âgés que lui. Les voici.

Côme-Séraphin CHERRIER (1798-1885) :
fils de l'agriculteur et marchand Joseph CHERRIER et de Marie CHEVRIER, orphelin de mère à l'âge de 3 ans, élevé par son oncle Denis VIGER, il sera un avocat réputé, un député (1835-1837), puis bâtonnier du Barreau de Montréal (1855), professeur de droit et doyen de la Faculté de droit, prudent sympathisant des patriotes, mais prisonnier politique durant 4 mois (de décembre 1837 à mars 1838) puis assigné à sa résidence sous une caution énorme, de 3.000 livres (12.000 $ de l'époque), membre (depuis 1843) et président (en 1853) de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, aussi vice-président de la Société Saint-Vincent-de-Paul de Montréal. En 1833, il épousait Marie-Mélanie QUESNEL.

Pour l'honorer, une rue de Montréal, la rue où il tenait résidence et étude (bureau), à l'ouest du Parc Lafontaine, porte son nom, reliant en biais la rue St-Denis à la rue Sherbrooke, l'Université Laval (de Québec, succursale de Montréal), où il enseignait, étant alors situé un peu plus au sud sur la rue St-Denis près de la rue Ste-Catherine.

Jean-Jacques LARTIGUE (Montréal 20.06.1777 - Montréal 19.04.1840) :
fils d'un chirurgien, il sera reçu avocat puis prêtre, sulpicien (1806-1820), et évêque (le 21.01.1821; évêque en titre de Montréal à partir de 1837), partisan de l'ultramontanisme et anti-patriote avéré (c'est très évident à compter de 1837), fonction oblige.

Denis-Benjamin VIGER (1774-1861) :
fils d'un charpentier agriculteur qui est aussi député (1796-1800), il sera avocat (1799), grand propriétaire foncier (par son père et par son épouse) dont seigneur de l'Île-Bizard, mécène, protecteur de journaux, député (1808-), constitutionnaliste, truchement au Colonial Office (à Londres, en 1828 et en 1831-1835) de la Chambre des députés du Bas-Canada, prisonnier politique durant 18 mois (de novembre 1838 à mai 1840; entêté, il réclame en vain l'habeas corpus et refuse une libération sous cautionnement), puis encore député (1841), ensuite ministre (1843), puis membre et jusqu'à président du décrié consultatif, non décisionnel, Conseil exécutif.

Cousins du cousin VIGER

Louis Michel VIGER (1785-1855) :
cousin germain de Denis-Benjamin VIGER, il sera avocat, député (1830-), puis homme d'affaires, président-cofondateur de la Banque du Peuple (1835), seigneur de l'Assomption et de Repentigny, patriote, prisonnier politique en 1838.

Fils de Louis VIGER et de Marie Agnès PAPINEAU, il est aussi, par sa mère, cousin germain de Louis-Joseph PAPINEAU.

Jacques VIGER (1787-1858) :
aussi cousin de Denis-Benjamin VIGER, il sera journaliste (1808-), auteur (Ma Saberdache), officier de milice (1812), fonctionnaire (inspecteur des grands chemins, rues, ruelles et ponts de Montréal, 1814-1840), politicien, collectionneur avisé (de documents, de faits, de plans, de cartes, etc.), arpenteur-géomètre, premier maire de Montréal (1833-1836), président-fondateur de la Société historique de Montréal (1858). - Jacques VIGER est aussi l'époux, sans postérité, de Marguerite de LA CORNE (1775-), veuve de John LENNOX, fille de Luc de LA CORNE de SAINT-LUC (1711-1784), officier dans les troupes de la Marine, commerçant, interprète et conseiller législatif, aussi dit Luc CHAPTES de LA CORNE, et de Marguerite BOUCHER de BOUCHERVILLE, tous d'illustres familles.

Bonaventure VIGER
(Boucherville 14.05.1804 - Beloeil 15.09.1877),
lointain cousin des précédents, cultivateur, fils de Bonaventure VIGER et de Louise LEVASSEUR dit CARMEL; à la tête d'un petit détachement de Patriotes embusqués il délivre, sur le chemin de Chambly à Longueuil le 18 novembre 1837, le notaire Pierre Paul DÉMARAY (Trois-Rivières 1798 - St-Jean-sur-le-Richelieu 1854) et le
Dr François Joseph DAVIGNON (de Sainte - Marie - de - Monnoir, l'organisateur de l'assemblée bipartite du 5 novembre 1837 de St-Athanase, comté de Rouville) : ce sont 2 des chefs des rebelles ayant attaqué des Loyaux le 10 novembre et que des dragons arrêtèrent et conduisaient à la prison de Montréal. Cette délivrance fut le premier haut fait de la rébellion de 1837. Ces 2 hommes libérés se réfugièrent aux États-Unis. Bonaventure VIGER fut fait prisonnier politique durant 6 mois (à compter du 7 décembre 1837), libéré contre l'exil aux Bermudes, il s'en échappe, revient clandestinement au Canada et, crâneur, s'y livre à de nombreux raids fomentés par des loges de « Frères chasseurs » ; il est encore fait prisonnier (mai 1839 à 1840). Une fois libéré et une fois les Troubles terminés, à la fin de 1840, il épouse Eudoxie TRUDEL et se fait fromager.

La profession

À l'âge de 10 ans, en 1796, Louis-Joseph PAPINEAU commence ses études classiques (humanités gréco-latines) au Collège St-Raphaël, de Montréal, et les poursuit, à compter de 1802, au Petit Séminaire de Québec. Puis, après avoir considéré le notariat, il fait sa cléricature en droit chez son cousin l'avocat Denis-Benjamin VIGER et il est reçu avocat le jeudi 3 mai 1810, à l'âge de 23 ans. C'est une profession qu'il n'exercera que par intervalles, car l'appel politique lui sera tôt et toujours prioritaire et accaparant : il fera partie de la deuxième génération d'hommes politiques canadiens.

Avocats, notaires, ...

Sous le Régime français, il n'y eut pas d'avocat. Ils n'étaient pas autorisés à exercer ici leur profession, non plus que les non-catholiques n'étaient autorisés à pratiquer publiquement leur religion particulière ni à s'y marier sans d'abord abjurer leur foi et se faire catholique. Le roi de France désirait éviter dans ses colonies nord-américaines tant les avocasseries que les guerres de religion.

Même au début du Régime anglais, le Canada n'ayant pas encore d'université ni d'écoles publiques, gouvernementales, la formation pour les professions (médecine, notariat, droit, peinture-portrait, ...), comme pour les métiers, ne pouvait s'acquérir ici que, sous contrat, par un apprentissage de 5 ou 6 années auprès d'un membre de la profession, qui à la fin fournissait au néophyte un certificat d'aptitude. Et, puisqu'il n'y avait pas encore d'associations professionnelles ni de concours, ce sont les autorités civiles qui reconnaissaient tout nouveau professionnel ainsi formé et lui assignaient une « commission (de notaire, d'avocat, ...) » qui désignait aussi le territoire où il était autorisé à exercer cette profession.

En juin 1808, Louis-Joseph PAPINEAU, à l'âge de 21 ans, donc avant d'être reçu avocat, est élu député du comté de Kent (Chambly) à l'Assemblée du Bas-Canada, en même temps que son cousin Denis-Benjamin VIGER. C'était durant le « règne de terreur » (1807-1811) de Sir James Henry CRAIG (1748-1812), tyrannique gouverneur général nommé par Londres. En 1812, il est aussi capitaine de milice (depuis le régime français, tous les hommes valides doivent s'entraîner dans la milice) et son bataillon se tient prêt à affronter les envahisseurs des U.S.A. En mai 1814, Louis-Joseph devient propriétaire de la maison de son père, rue Bonsecors à Montréal, et il est réélu député, mais cette fois dans le comté de Montréal-Ouest, qu'il représentera jusqu'en 1832, y succédant à son père, qui a cessé en 1804 de se représenter.

La politique et les élections

Sous le Régime français, les Canadiens n'ont connu aucune élection politique. Le Gouverneur et l'Intendant étaient désignés par le ministre des colonies, selon le bon vouloir du roi. Les membres du Conseil souverain de la Nouvelle-France n'étaient pas élus. Le gouverneur, l'intendant et l'évêque y siégaient d'office, entourés de quelques notables canadiens qu'ils proposaient. Cet organisme jouait un rôle politique ainsi que judiciaire, étant la cour d'appel pouvant infirmer les décisions de la prévauté. Ses décisions, tant politiques que judiciaires, pouvaient être renversées par le ministre ou le roi.

Après la Conquête de 1759-1760 et une brève période de Régime militaire, sous James MURRAY, l'Angleterre aura à respecter sa promesse faite au Traité de Paris (1763) de créer une Assemblée législative formée d'élus. L'Acte de Québec, sanctionné à Londres en 1774 et appliqué au Canada à partir de 1775, prévoit un conseil de 17 à 23 membres désignés pour seconder le gouverneur, mais pas encore d'assemblée d'élus.

Devant le climat révolutionnaire (aux U.S.A., en France) et surtout par suite de l'arrivée au Canada, à compter de 1783, des Loyalistes Anglais Américains, qui réclament l'application du parlementarisme britannique, Londres décide, par l'Acte constitutionnel de 1791, de la création d'un double Canada, 2 colonies : le Haut-Canada (futur territoire de l'Ontario, jusqu'alors peu habité) et le Bas-Canada (territoire du Québec). C'est cette loi qui obligera le gouverneur à créer dans chacun des 2 Canadas une Chambre d'assemblée formée d'élus, notamment pour voter la levée des impôts afin de pourvoir aux dépenses administratives civiles et judiciaires de la colonie, mais ce sont des Chambres aux pouvoirs restreints par un Conseil législatif formé de membres majoritairement soumis au gouverneur qui les a désignés, lequel gouverneur n'est, lui-même, pas élu par la population mais nommé par Londres.

Les députés seront des mâles, uniquement, et tout à fait bénévoles, pas du tout rétribués pour jouer ce rôle prestigieux. Ils devront être chacun assez riche pour se déplacer et vivre à ses frais les longs mois des sessions parlementaires auxquelles le gouverneur daignera les convoquer. Ces sessions de l'Assemblée du Bas-Canada se tiendront, toujours en hiver (en saison morte), à Québec (jusqu'en 1837, et en 1841-1843), puis à Montréal (1844-1849), deux villes d'environ 30.000 personnes chacune alors. L'Orateur élu par les députés (le président de l'assemblée des élus) sera le seul élu qui recevra des honoraires pour l'exercice de sa charge.

Aux élections, seuls les hommes propriétaires et ayant des revenus jugés suffisants auront le droit de vote et ils devront exprimer leur vote oralement et en public - jamais en privé ni par écrit. Les postes de votation seront ouvert pour un temps indéterminé : tout tel poste doit fermer dès qu'un certain nombre d'heures s'écoule sans qu'un seul électeur ne s'y présente. Il va sans dire qu'assez tôt viendra le temps où les organisateurs électoraux des candidats verront à intimider ou à empêcher de voter certains électeurs, à faire fermer ou à maintenir ouverts certains postes de votation, à acheter des votes ! - Ainsi naissaient nos moeurs électorales !

Le leader

En 1815, Louis-Joseph PAPINEAU n'a pas 30 ans que, déjà, son éloquence, son assurance et sa popularité le font émerger du groupe des jeunes nationalistes et lui valent d'être choisi comme chef unique du « Parti Canadien ». Ce partie, créé vers 1805, publie le journal « Le Canadien » depuis le 22 novembre 1806. Ce journal est dirigé par Pierre BÉDARD, que le gouverneur CRAIG fait arrêter en 1810. Ce parti politique prône la responsabilité ministérielle, la fin du favoritisme et l'accroissement du pouvoir des élus; il deviendra, en 1826, le « Parti Patriote ».

En 1815 aussi, Louis-Joseph PAPINEAU est choisi par ses pairs, les députés, comme « Orateur de la Chambre-Basse du Bas-Canada », une traduction malhabile de "Speaker", c'est-à-dire « président » de l'Assemblée législative (celle des députés) du "Lower Canada" (Bas-Canada, territoire du Québec). Il accomplira cette éminente fonction durant plus de 20 ans (de 1815 à 1837, sauf en 1823-1824). Sa rétribution pour cette fonction est généreuse, de 1.000 livres par année (4.000 $), à compter de 1817.

En tant que tribun doué, il est aussi adulé des foules, car il ne manque jamais de brillamment s'insurger contre les abus du gouverneur et de ses amis, les non-élus désignés à la Chambre-Haute (le « Conseil législatif »), qui rejettent trop souvent les décisions de la Chambre des élus, et qui est formé de « vieillards malins » (selon l'expression de PAPINEAU).

En 1817, Louis-Joseph PAPINEAU se rend en visite aux États-Unis (U.S.A) et y rencontre des notables.

C'est le 24 avril 1818, pour la somme de 500 livres (2.000$ du temps), qu'il achète de son père la seigneurie de « La Petite-Nation », sur l'Outaouais, que le père avait acquise en 1801 et 1803 du Séminaire de Québec.


Louis-Joseph PAPINEAU
qui préside l'Assemblée
des élus du Bas-Canada

 
Lithographie de Robert A. SPROULE,
Archives nationales du Canada, Ottawa (négatif C-5462, 1832)


On remarquera, tout au long de sa vie, sa chevelure abondante à bon épi frontal : tous s'entendront pour parler du « petit coq à Papineau », une expression humoristique faisant aussi allusion à son rôle dominant sur les tribunes ! Jusqu'à nos jours, l'expression sera aussi appliqué, mais comme remontrance alors, aux enfants ou à toute autre personne cherchant à dominer : « Ne fais pas ton p'tit coq à Papineau ! »

L'expression « avoir la tête à Papineau » signifie, pour le peuple, « être doué d'une grande intelligence ». Exemple : « Ça ne prend pas la tête à Papineau pour comprendre cette situation. »

L'épousée

Le mercredi 29 avril 1818 Louis-Joseph PAPINEAU épouse à Québec Julie BRUNEAU.
Il a 31 ans, elle en a 23. Il est majeur et elle est mineure car, à l'époque, la majorité est atteinte à 25 ans.

C'est Mgr Joseph-Octave PLESSIS (1763-1825), archevêque de Québec et conseiller législatif, qui officie à ce mariage de ce déjà prestigieux politicien à cette fille d'un député et riche commerçant de Québec.


Louis-Joseph PAPINEAU, le tribun populaire
par Octave-Henri JULIEN (1852-1908),
reproduction à l'aquarelle sur crayon
d'un dessin de Charles William JEFFREYS,
Archives nationales du Canada, Ottawa (C-073725)

Le tribun

Dans les années 1820, Louis-Joseph PAPINEAU, maîtrisant parfaitement les pratiques parlementaires britanniques et rendu désabusé, se radicalise : il n'hésite plus à utiliser la tactique de l'obstruction parlementaire, à faire retarder l'entrée des recettes et le paiement de la liste civile (liste des gens rétribués par le gouvernement); cela, pour lutter contre les politiques de la classe commerciale anglaise, dont il met en évidence le mépris à l'égard des Canadiens français. Il encourage du même coup ses concitoyens à boycotter les produits importés, qui enrichissent ces marchands Anglais et générent des taxes allant au pouvoir Anglais établi, qu'il nomme « la Clique du Château » (le gouverneur et ses amis, majoritaires à la Chambre-Haute) et que les élus du Haut-Canada appelleront le "Family Compact". Il incite les gens du peuple à, notamment, confectionner eux-mêmes tous leurs vêtements, et à n'utiliser que leur propre « étoffe du pays », plutôt que de recourir à des lainages importés d'Angleterre.

En 1823 (de janvier à fin novembre) il est, avec John Nielson, délégué en Angleterre par les députés pour s'opposer vivement au projet d'union (annoncé en 1822) des 2 colonies, celles du Haut- et du Bas-Canada. Partant de New York sur un voilier, il revient sur un navire à vapeur, après une incursion de 5 semaines à Paris. Ils obtiendront de Londres l'abandon de ce projet fomenté par le gouverneur et sa clique. Heureusement, car une telle loi aurait eu pour conséquence de diluer considérablement l'influence des élus Canadiens français, dont Louis-Joseph PAPINEAU est le chef incontesté.

Dans les années 1830, Louis-Joseph PAPINEAU rend encore plus intenses ses virulentes attaques à l'endroit du Conseil non élu et de l'autoritarisme impérial et il prône l'établissement d'une vraie République et l'indépendance du Bas-Canada.

En 1834, c'est l'écrasante victoire électorale et l'accentuation du boycott et de l'obstruction politique, dans l'espoir d'arracher des réformes de la part de Londres. Louis-Joseph PAPINEAU atteint le faîte de son prestige en faisant adopter « Les Quatre-vingt-douze Résolutions », un liste de revendications politiques des Canadiens français, rédigée par un petit comité de radicaux mais rejetée par le Conseil des non élus, une liste que son cousin Denis-Benjamin VIGER tentera (en vain) de faire valoir à Londres.


Le jeudi 28 décembre 1820, Louis-Joseph PAPINEAU est nommé au conseil exécutif (à ne pas confondre avec le Conseil législatif). Il en fera partie jusqu'en janvier 1823, mais il ne s'est que rarement présenté aux séances de ce sous-ensemble politique uniquement consultatif, formé par le gouverneur et sans pouvoir décisionnel.

En 1823 et 1824, c'est Joseph Rémi VALLIÈRES (1787-1847), soi-disant sieur de SAINT-RÉAL, député de la Haute-Ville de Québec, qui sera l'Orateur de la chambre d'Assemblée, dès l'absence de PAPINEAU, parti en Europe.

En 1837, Londres rejette catégoriquement ces revendications (par les 10 Résolutions RUSSELL, de Londres, de février 1834). Le mécontentement populaire s'intensifie, d'autant plus que c'est aussi une période de crise économique.

À cette nouvelle, connue le 18 avril 1837, PAPINEAU commence à perdre le contrôle des événements.

Il participe à de nombreuses assemblées : le lundi 15 mai à St-Laurent, le lundi 17 juillet à Napierville...

Le lundi 23 octobre 1837, à St-Charles-sur-le-Richelieu, il adresse la parole à quelque 4.000 concitoyens enflammés, dans un des 6 comtés (Richelieu, Saint-Hyacinthe, Rouville, Chambly, Verchères et l'Acadie) où des « patriotes » ont plus ou moins déclaré l'indépendance politique et décidé de recourir aux armes, « au besoin ».

Toile monumentale
réalisée en 1890-1891 par le peintre Charles Alexander SMITH
(1864-1915)
« L'Assemblée des six comtés [de la vallée du Richelieu] »
( où l'on voit Louis-Joseph Papineau haranguer la foule,
à Saint-Charles-sur-le-Richelieu, le lundi 23 octobre 1837
).

Photographiée ici par Patrick ALTMAN (1950-),
cette toile que « la Province de Québec » n'a jamais payée ni accueillie dans ses locaux,
la jugeant trop nationaliste,
domine aujourd'hui
la salle « Je me souviens »,
salle numéro 10 (inaugurée en 2002),
du Musée national des beaux-arts (MNBA) du Québec, à Québec

 

Historique de cette toile

( par Robert DEROME, Charles Huot et la peinture d'histoire au Palais législatif de Québec (1883-1930),
Bulletin 27 du Musée des beaux-arts du Canada, 1976, p. 2, extrait [avec nos ajouts] )

En 1890, Raymond Préfontaine [(1850-1905)], député de Chambly, se rend à Paris où il rencontre Charles Alexander Smith [(1864-1915)]. L'artiste narre une aventure dont il vient d'être victime. Ayant gagné une médaille lors du dernier Salon, le jury, par méprise, l'a fait parvenir à un peintre américain du même nom. En guise de consolation, Préfontaine fait des offres de service à l'artiste. Smith les accepte d'emblée et propose de peindre une scène historique. On tombe d'accord sur L'Assemblée des six comtés [ci-haut] tenue à Saint-Charles - sur [- le] - Richelieu en 1837 par les patriotes.

De passage à Paris, le premier ministre [de la Province de Québec] Honoré Mercier [(1840-1894)] voit cette toile, quelques jours avant qu'elle ne soit exposée au Salon. Il fait mander l'artiste, et tout en louant son talent, lui suggère d'atténuer le ton des inscriptions peintes sur les bannières. En supprimant toute sentence offensante, l'oeuvre deviendrait acceptable aux membres de l'Assemblée législative.

Un malencontreux changement de gouvernement décevra à la fois le client et l'artiste. Le nouveau premier ministre [de la Province Québec], Charles[-Eugène] Boucher de Boucherville [(1822-1915)], élu en 1891, refusa de payer l'oeuvre [destinée au Palais législatif, aujourd'hui l'Hôtel du gouvernement] « sous prétexte que le sujet était trop révolutionnaire ».

Le tableau fut tiré au sort en décembre 1895 au Monument National de Montréal.

Propriété de la Société Saint-Jean-Baptiste en 1901, ce tableau fit son entrée au Musée du Québec en 1937 [devenu au XX1e siècle le MNBA]. Roulé, à l'abri des regards dans un entrepôt, il n'a jamais été décrit ni photographié depuis [durant près de 57 ans, jusqu'en 1995].

L'exil

Le 23 novembre 1837, le soir de la bataille de St-Denis-sur-le-Richelieu, la première grande bataille et la seule victoire des Patriotes, n'ayant pu calmer les esprits qu'il avait contribué à réchauffer, quoique n'étant pas des plus radicaux qui avaient décidé le recours aux armes, Louis-Joseph PAPINEAU décide de fuir aux États-Unis : à Albany, New York, Philadelphie, où il réclamera (en vain) des armes et des hommes en faveur des rebelles.

Le mercredi 29 novembre 1837, sa tête est mise à prix pour 1.000 livres (4.000 $, alors le prix de 400 peaux de loups), par proclamation du gouverneur, Lord Gosford, « pour haute trahison ». Mais PAPINEAU est déjà rendu au Vermont ! Son fils Amédée le rejoindra peu après, ainsi que plusieurs autres patriotes. - Le mardi 5 décembre 1837, la loi martiale est promulguée partout au Bas-Canada et au Haut-Canada.

Son épouse, réfugiée à Verchères chez son frère, le curé du lieu, chez qui réside leur mère veuve, puis à St-Hyacinthe chez sa belle-soeur Rosalie PAPINEAU, seigneuresse DESSAULLES, le rejoint aux États-Unis en juin 1838.

Après l'échec de la deuxième insurrection, Louis-Joseph PAPINEAU partira le 8 février 1839 de New York pour Paris. Son épouse l'y rejoindra l'été suivant. Il débarque au Havre le 7 mars 1839. Mais il ne pourra y obtenir d'appui à sa cause : le roi LOUIS-PHILIPPE (1773-1850) en est à se rapprocher de l'Angleterre, sous l'influence de feu l'ambassadeur TALLEYRAND (1754-1838).

Ses goûts de liberté et son prestige lui donne cependant accès, par Jacques LAFITTE (1767-1844), à une société libérale, dont Félicité Robert de LAMENNAIS (1782-1854) et Alfred de VIGNY (1797-1863). C'est d'autant plus intéressant pour Louis-Joseph, que ce de VIGNY avait épousé une Anglaise et venait de rencontrer à Londres Lord DURHAM (1792-1840), l'auteur d'un rapport (paru en 1839), qui proposait l'Union des 2 Canadas et, de surcroît, l'assimilation des francophones du Canada...

Louis-Joseph PAPINEAU s'insurge au loin (sans résultat) contre l'Acte d'Union des Deux Canadas, promulgué en 1841.

Le retour au pays

Son épouse, Julie BRUNEAU, malade, revient au Canada avant lui, à l'été 1843.

Prudent, PAPINEAU, avant de revenir au pays, veut s'assurer que tous les déportés seront amnistiés et qu'une bonne loi sera votée sur les jurés. Le Nolle prosequi proclamé en 1843, qui empêche les poursuites contre les anciens patriotes exilés, le réjouit mais ne le satisfait pas entièrement.

Bénéficiant de l'amnistie générale proclamée en 1844 par les nouvelles autorités , Louis-Joseph PAPINEAU quitte Paris le 15 août 1845 et arrive à Londres le 18 août, se rend à Dublin, puis le 4 septembre il quitte Liverpool pour Boston, sur le "steamer" Britannia, et, après un séjour à New York, il retrouve son fils Amédée venu à sa rencontre à Saratoga, et à St-Jean - sur - le - Richelieu (un poste-frontalier Canada-U.S.A., à l'époque) son épouse, leur fils Lactance, son frère Denis-Benjamin et son neveu Louis-Antoine DESSAULES. Il visite les parents et amis de St-Hyacinthe, Verchères et L'Assomption, puis il arrive à Montréal le 9 octobre 1845, où il reçoit plein d'amis. Il se rend avec son frère Denis-Benjamin, la semaine suivante, à sa seigneurie de la Petite-Nation. Au retour, il emménage sa famille, temporairement, sur la rue Craig, durant les travaux qu'il fait effetuer à leur logement de la rue Bonsecours, qu'ils avaient fait louer durant l'exil. Louis-Joseph passe l'été et l'automne 1846 dans sa seigneurie de La Petite-Nation pour son projet de faire arpenter et d'y faire construire un manoir. Le 20 novembre 1846 il est à New York auprès de son fils médecin, Lactance PAPINEAU (1822-1862), qui y est en convalescence depuis l'été.

La vieux politicien

Louis-Joseph PAPINEAU s'intéresse alors à l'Institut Canadien, un cercle d'intellectuels fondé à Montréal en 1844, qui devient sous PAPINEAU et ses fidèles (dont son neveu Louis-Antoine DESSAULLES) un organisme radical (« rouge »), politique (11 de ses membres seront députés en 1854, ayant fondé vers 1848 le « Parti démocratique », mieux connu sous le nom de « Parti rouge »), annexionniste (pronant l'annexion aux U.S.A., présentés comme ayant un système démocratique idéal), laïc et clairement anticlérical... que condamne (en 1858) et fera condamner par Rome (en 1868) l'évêque de Montréal, Mgr Ignace BOURGET, l'ultramontain successeur et ancien co-adjuteur du prude cousin, feu l'évêque LARTIGUE.

Louis-Joseph PAPINEAU revient à la politique en janvier 1848. Il est élu député du comté de Saint-Maurice. En 1852, il représentera celui de Deux-Montagnes. Mais il ne retrouvera plus tout son prestige d'autrefois; il n'approuve pas la modération des nouveaux leaders politiques, qui sont de ses anciens partisans, tels les avocats Louis-Hippolyte LAFONTAINE (1807-1864) et Georges-Étienne CARTIER (1814-1873), devenus des réformistes modérés, qui s'accommodent de l'actuelle union des 2 Canadas, mais qui obtiennent dès 1848 l'usage du français (que l'Acte d'Union de 1841 interdisait dans les débats parlementaires) et l'établissement de la responsabilité ministérielle : le conseil exécutif (ou Cabinet) devient désormais dépendant du vote majoritaire de l'assemblée législative. Et Louis-Joseph PAPINEAU perçoit qu'il s'est attiré l'hostilité générale du clergé.

Louis-Joseph PAPINEAU, en 1843, en France

Photo, de Patrick ALTMAN, d'une
lithographie du miniaturiste Gerome FASSIO (1789-1851),
d'après un dessin d'Antoine MAURIN (1793-1860).
Archives nationales du Québec. Collection initiale (P600,S5,PLN15, (03-Q) / 55.111, 1843)

 

Papineau, Louis-Joseph
Daguerréotype, Bibliothèque et Archives Canada, Ottawa (C-66899)

« Personnage complexe et contradictoire,
Papineau a été le premier dirigeant politique réel de son peuple et le symbole parfait de son mécontentement.
 »

James MARSH,
auteur de l'article sur ce Papineau,
dans l'Encyclopédie canadienne :
http://encyclopediecanadienne.ca


Il exigera de n'être affecté d'aucun acte religieux au moment du décès et des obsèques à venir, lui, le cousin propre de feu l'évêque (anti-patriote) LARTIGUE !

Ce sera une raison suffisante à l'ecclésiastique historien ou écrivain, le chanoine Lionel GROULX (1878-1967), dans Notre maître, le passé, en 1921, pour le rejeter comme possible « héro national », y dénonçant son anticléricalisme aboutissant au « scandale de ses funérailles purement civiles ».

Après avoir passé en revue moult candidats, l'ecclésiastique Lionel GROULX ne trouvera d'ailleurs à promouvoir, comme le plus vertueux héros de notre histoire, qu'un jeune homme, Adam Daulat, alias Dollard des Ormeaux, dont nous ne savons presque rien, sinon qu'il a « entendu la messe » et « reçu la sainte communion » à Ville-Marie (Montréal) avant son départ et qu'il est décédé en dirigeant un petit combat (en 1660) contre de vilains « Iroquois ».
Grâce au chanoine GROULX, les Québécois auront fêté ce héro en mai jusqu'à la fin du XXe siècle, le même jour férié où les Anglos fêtaient leur ancienne reine Victoria !
Depuis le XXIe siècle, ce sont les Patriotes de 1837-1838 que les Québécois fêtent, ce jour-là, excluant Louis-Joseph PAPINEAU, le non combattant, le fuyard... !

Louis-Joseph PAPINEAU ne saurait être pleinement reconnu que dans un Québec souverain, décolonialisé, c'est ce qu'il prônait, ce Québec soit-il ou non associé à un ensemble d'États (le Canada), mais dans une vraie confédération. - Il aurait aujourd'hui, croyons-nous, moins d'admiration pour les U.S.A., vu surtout, depuis le XXe siècle, leur impérialisme écrasant et leur politique de nivellement culturel...


Déiste devenu nettement anticlérical, Louis-Joseph PAPINEAU craint cependant que l'affaiblissement éventuel de l'Église catholique au Canada ne nuise aux Canadiens français (à la survie de leur langue et de leur culture), ces « Canadiens français » dont les ennemis jurés sont alors leurs compatriotes protestants anglophones.


Louis-Joseph PAPINEAU abandonnera la politique en 1854, dans sa 68e annnée, après plus de 45 ans de carrière.

Louis-Hippolyte LAFONTAINE, qui avait été co-premier ministre (avec Robert BALDWIN en 1842-1843 et 1848-1851), s'était retiré de la politique en 1851, à l'âge de 44 ans.
Le bras droit de celui-ci, Georges-Étienne CARTIER, sera co-premier ministre (avec John A. MACDONALD, de 1857 à 1862) et il participera à l'Acte constitutionnel de 1867, qui crée une Fédération canadienne, où le Québec devient une Province comme les autres, susceptible d'une quelconque autonomie à toujours difficilement conquérir...

Cette Fédération canadienne est, de tout temps, faussement dite « Confédération ».

Une vraie Confédération est, en effet, comme en Suisse ou aux U.S.A., une union d'États autonomes, souverains, dans laquelle le pouvoir central a clairement des champs d'action et de taxation complets, conséquents, mais peu nombreux et bien délimités (tel que pour l'Armée, la monnaie, les routes reliant les États...), sans pouvoir résiduel ni partagé.

Ce n'est pas le cas au Canada (un pays fédéré), où le gouvernement central peut s'immiscer, n'importe quand ni comment, dans tout domaine... qu'il soit même dévolu en propre aux provinces (tel que l'éducation, l'aide aux municipalités...), ce qui crée des tensions, de la mal administration et des ponctions fiscales indues, de scandaleux gaspillages, d'éternels conflits, l'apparition d'importants déséquilibres fiscaux entre les parties, découlant des prétentions unilatérales du Fédéral au détriment des Provinces, dans un pays cosmopolite et si étendu qu'il ne saurait être homogène d'une région à l'autre.

Les « Pères » de notre soi-disant « Confédération » ont voulu une Constitution qui ne facilite pas l'annexion des « Provinces » à la Confédération voisine, tout en voulant nous laisser croire que notre Constitution était équivalente à la leur, d'où cette fausse appellation pour la Fédération canadienne.

Au printemps de 1849, une loi était votée pour indemniser ceux qui avaient subi des dommages par suite des Rébellions de 1837 et 1838, ainsi qu'une loi d'amnistie. Mécontents, de nombreux opposants anglophones brûlent complètement l'édifice de l'Assemblée législative, qui abrite aussi la bibliothèque et les archives du Canada-Uni, à Montréal, où le gouvernement du Canada ne siègera donc plus jamais, se transportant désormais en alternance à Toronto (York; en 1849-1851 et 1855-1859) et à Québec (en 1851-1855 et 1859-1865).

 

Le seigneur Louis-Joseph PAPINEAU

Ayant reçu, à la mi-juin 1846, ses arrérages de rétribution comme Orateur, Louis-Joseph PAPINEAU décide de se consacrer à sa seigneurie de La Petite-Nation : il s'y fait construire un superbe manoir (à Montebello, sur la rivière Outaouais) et il s'y réfugie, souvent sans son épouse, qui préfère résider à Montréal.

Histoire de La Petite-Nation

Les « Algonquins de la Grande Nation » remontaient la « Grande Rivière des Outaouais » et s'appelaient « Kichesipirini » (gens de la rivière aux grands flots) : de « Kitche » (grande) et « sippi » (rivière), «nini » (enfants de, peuple de).

Ils étaient installés avec leur chef, Tessouat (le Borgne), à l'île aux Allumettes dans l'actuelle région de Fort Coulonge. Ils contrôlaient ainsi le passage vers la grande mer (Baie d'Hudson), passage qu'ils interdirent à CHAMPLAIN et à ses contemporains d'emprunter, et côtoyaient la nation Népissingue, à l'ouest, à côté des Wendat (« Hurons »), de la Baie Georgienne.

Samuel CHAMPLAIN (~1575-1635), qui n'était pas très doué pour les langues étrangères, avait traduit le nom des Algonquins du cours inférieur de l'Outaouais (les « Oueskasippinini » ou « Oueskanini ») par « gens de la Petite Nation » : de « oueska » (partie inférieure, le bas de), « sippi » (rivière), «nini » (enfants de, peuple de).

La tradition fait remonter leur établissement dans cette région avant l'an mille de notre ère. Ils étaient aussi identifiés comme « les gens de la Petite Rivière » (de la rivière de la Petite Nation).

Ces Weskanini (Oueskanini) s'engageaient eux aussi sur la Grande rivière, mais ils bifurquaient à l'embouchure d'un affluent (à Plaisance) et se regroupaient autour de la rivière de « la Petite Nation ».

Pour éviter le harcèlement des Iroquois, montés du Lac Champlain par le Richelieu (la rivière des Iroquois) jusqu'au fleuve Saint-Laurent, les Weskanini, à hauteur des Trois-Rivières, coupaient par les divers passages menant jusqu'à Nominingue à la source de la rivière de la Petite Nation. Ils n'en furent pas moins victimes, finalement, de leurs ennemis les Iroquois, massacrés par eux près de Nominingue en 1654.

 

Mgr de Laval (le Séminaire de Québec), premier seigneur de La Petite-Nation

A Paris, par devant notaire, le 16 mai 1674, la Compagnie des Indes Occidentales concède au premeir évêque de Québec, Mgr François de MONTMORENCY LAVAL, l'immense territoire (près de 185,000 arpents) de la Seigneurie de la Petite-Nation :

« Cinq lieues de terre de front sur cinq lieues de profondeur, sur le fleuve Saint-laurent dans la Nouvelle-France, environ quarante deux lieues au-dessus de la Chaudière vulgairement appelé la Petite-Nation en descendant le fleuve sur le chemin des Outaouais ».

Ce premier seigneur n'en fera rien et il n'y est même jamais venu. Ses héritiers, pas davantage.
A la mort de l'évêque (le 6 mai 1708), le Chapitre de Québec et le Séminaire de Québec se partagent ce territoire... qui sera oublié jusqu'au dix-neuvième siècle.

Le notaire Joseph Papineau, deuxième seigneur de la Petite-Nation

Craignant à juste titre d'avoir à remettre à « la Couronne » leur seigneurie inexploitée (le gouverneur Haldimand souligne qu'il n'y a pas de garnison ni de protection à cet endroit), les seigneurs ecclésiastiques décident de vendre leur seigneurie.

Le 19 juin 1801, « pour la somme de 550 louis courants, payables d'ici deux ans », messieurs les prêtres du Séminaire vendent leur part, deux lieues de front sur cinq de profondeur, au notaire, arpenteur, agent seigneurial montréalais, Joseph PAPINEAU, qui n'aura pas eu à les payer, vu les services déjà rendus, non encore payés, comme régisseur de leurs domaines en Montérégie.

Le 15 mars 1803, Joseph PAPINEAU acquiert du Chapître de Québec les trois autres lieues de front (territoire contigu à l'ouest) et, à l'automne, y effectue une première visite; dès l'année suivante, il accorde à l'arpenteur Joseph SENET le mandat « de mesurer le front de la seigneurie sur la rivière des Outaouais ».

Les débuts de la colonisation, en 1805

En 1804, le notaire Joseph Papineau vient d'abandonner son poste de député et s'occupe désormais lui-même de sa seigneurie.

Le 9 septembre 1805, arrive le tout premier colon chargé de bâtir une résidence au seigneur : Antoine DUPUY dit COUILLARD.

Le seigneur engage deux autres travailleurs et, en 1807, 19 colons s'y installent « sur la rive de la rivière des Outaouais ».

Les Papineau s'y installent

  • En 1809, Denis-Benjamin PAPINEAU, tout jeune (il a 19 ans), s'installe dans « le tout premier manoir » paternel, construit à l'extrémité de la grande presqu'île sur l'île aux écureuils (Arrowsen, à Roussin) et surveille la construction du Moulin aux chutes.
     
  • Le 17 février 1816, le notaire Joseph PAPINEAU assure à son fils Denis-Benjamin PAPINEAU le fief de Plaisance (fief des presqu'îles).
     
  • Le 24 avril 1818, le notaire vend toute la seigneurie (à l'exclusion du fief des presqu'îles) à son fils aîné, Louis-Joseph PAPINEAU (3e seigneur).
     
  • Le 13 mars 1822, Louis-Joseph PAPINEAU confirme la concession du « fief de Plaisance » (Petite et Grande presqu'îles) à son frère Denis-Benjamin PAPINEAU.
     
  • À l'été 1833, Denis-Benjamin PAPINEAU est installé chez-lui à « la ferme de La Petite-Nation », au domaine de Plaisance.
     
  • Le 16 mars 1835, Denis-Benjamin PAPINEAU concède les 1312 arpents de la Grande Presqu'île à son père, auquel il est redevable d'avances financières; le notaire viendra s'y établir le 16 mai 1837.
     
  • Le 14 novembre 1850, Julie BRUNEAU et son mari Louis-Joseph PAPINEAU s'installent à demeure dans leur résidence, le « Manoir du Cap Bonsecours », jusqu'à leur mort.
     
  • Le 17 décembre 1851, au décès de son fils Gustave PAPINEAU (à l'âge de 21 ans) au manoir, Louis-Joseph PAPINEAU décide de bâtir une Chapelle funéraire pour y réunir les défunts de sa famille; ces travaux seront terminés vers 1853; cette chapelle fut bénite par l'évêque de Bytown (Ottawa), en 1855.

Louis-Joseph PAPINEAU dans sa seigneurie de La Petite-Nation
d'un tableau de son gendre, Napoléon BOURASSA (1827-1916)
Musée national des Beaux-Arts du Québec, Québec

En 1854, le gouvernement, aidé d'experts tel l'avocat Cyrille DELAGRAVE (1812-1877), fils de l'orfèvre François DELAGRAVE et de Geneviève AMIOT (une cousine germaine de Julie BRUNEAU - PAPINEAU), passe une loi liquidant le régime seigneurial.

Louis-Joseph PAPINEAU en est chaviré, mais il en touchera quelque 89.000 $ comptant en 1861 (une somme fabuleuse, à l'époque !), tout en y conservant certaines rentes seigneuriales (le règlement final, la dissolution complète, du régime seigneurial n'aura lieu que 81 ans plus tard, en 1942).

Julie BRUNEAU-PAPINEAU
et Louis-Joseph PAPINEAU
(lithophotographie, parue dans un journal de l'époque)

 

Son épouse, Julie BRUNEAU, décède à Montebello le 18 août 1862, à l'âge de 67 ans. Il en a 75.

La plupart de ses enfants décèdent aussi avant lui.

Louis-Joseph PAPINEAU décède à Montebello le 23 septembre 1871, à l'âge de 84 ans.

Son fils aîné et homme de loi, Amédée PAPINEAU (1819-1903), âgé de 52 ans, fera respecter les dernières volontés de son bien-aimé père et lui succédera comme seigneur de La Petite-Nation.


Ainsi vécut cet arrière-petit-fils du soldat Samuel PAPINEAU dit DE MONTIGNY, de la compagnie d'ANDRESY,
un siècle après son arrivée en Nouvelle-France, de Montigny, Poitou (aujourd'hui LaForêt-sur-Sèvre, Deux-Sèvres).

 

Louis-Joseph PAPINEAU (1786-1871),
avocat, député, orateur (président des débats), tribun, seigneur

PÈRE : Joseph PAPINEAU (1752-1841),
arpenteur, notaire, agent seigneurial, député, seigneur

GRAND-PÈRE PAPINEAU : Joseph PAPINEAU (1719-1785),
cultivateur, tonnelier

ARRIÈRE-GRAND-PÈRE PAPINEAU : Samuel PAPINEAU (av.1670-1737),
soldat, cultivateur
, migrant, arrivé en Nouvelle-France en 1688,
                                                       dit DE MONTIGNY à son mariage, en 1704

TRISAÏEUL PAPINEAU (pas venu en Nouvelle-France) :   Samuel PAPINEAU (av.1650-),
commerçant à Montigny, Poitou (aujourd'hui LaForêt-sur-Sèvre, Deux-Sèvres)


Voir :


Ouvrages consultés :

  • Louis-Joseph PAPINEAU
    Lettres à Julie (publication annotée de ses lettres à son épouse, du 13.12.1820 au 21.06.1862),
    texte établi et annoté par Georges AUBIN et Renée BLANCHET, introduction par Yvan LAMONDE,

    Collection Archives québécoises, 1,
    Éditions du Septentrion, 2000
    ISBN 2-89448-165-9
     
  • Gérard PARIZEAU
    La vie studieuse et obstinée de Denis-Benjamin VIGER,
    Fides, 1980
    ISBN : 2-7621-1013-0
     
  • Amédée PAPINEAU
    Journal d'un Fils de la Liberté, réfugié aux États-Unis, par suite de l'Insurrection Canadienne,
    (réédition) Éditions l'ÉTINCELLE, Montréal, 1978 (Volume II)
     
  • Gilles LAPORTE et alii
    le site Internet
    Les patriotes de 1837-1838

    (http://cgi.cvm.qc.ca/glaporte/)
     
  • L'Encyclopédie canadienne - Fondation Historica du Canada
    (http://encyclopediecanadienne.ca)
     
  • Le Dictionnaire biographique du Canada - University of Toronto et Université Laval
    (http://www.biographi.ca)
     
  • L'encyclopédie du Canada, Édition 2000
    (adaptation de : The Canadian Encyclopedia, McClelland & Stuart Inc, 1999)
    Les Éditions internationales Alain
    Stanké Ltée, Montréal * Paris * New York, 2000
    ISBN 2-7604-0766-7


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Date de la dernière modification : 24 juin 2006

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