Le patronyme DELAGRAVE, peu répandu
de nos jours, est porté dans le Bordelais et dans le Centre
(Berry) dès le XVIème et en Normandie au XVIIème.
Il désigne celui qui habitait
"la grave", un sol plutôt sablonneux
ou rocailleux, pierreux, caillouteux - en langue
d'oc; "la grève", en langue d'oïl puis
en français.
Selon le Dictionnaire étymologique
d'Auguste Scheler, grave ou grève, désigne une
rive plate et sablonneuse. Il ajoute que les mots, du vieux français,
grae, groe, grou, signifient aujourd'hui
roc, rocher. L'origine du mot, dit-il, est celtique.
En Cornouaille, grou signifie sable.
À Argenton-sur-Creuse
un moulin portait autrefois le nom de moulin de la Grave
ou de la Fradette (cité en 1612) - aujourd'hui
dit le moulin de Bord.
Comme toponyme, ce terme sera
également utilisé au Canada. Ainsi, à Hâvre-Aubert,
chef-lieu des Îles-de-la-Madeleine, une langue de sable
et de cailloux sertie par la mer est encore nommée la
Grave et on y accède par la route dite Chemin de
la Grave. Sur la pointe de la Gaspésie, un ancien
village de pêcheurs se nommait Grande-Grave à
cause d'un littoral rocailleux s'étendant sur 1300 mètres
(village aujourd'hui intégré au Parc Forillon).
Albert Dauzat, maître ès
étymologie, est d'avis que le patronyme DELAGRAVE
découle de la nature du sol. Le gravier a pu donner DELAGROUE,
LAGRAVE, DELAGRAVE. Il dit que cette famille, venue du Sud (?),
a ses ancêtres connus à Argenton. La physionomie
phonétique du nom (grave, grève, gravier) accuse
une origine des pays d'oc.
Albert Dauzat,
Dictionnaire étymologique des noms de famille et prénoms
de France, librairie Larousse, 1984.