L'illustration et le texte biographique ci-dessous
furent (par gracieuse autorisation) extraits et
adaptés quelque peu pour l'Amérique du site
officiel du « festival des Filets Bleus »
(filetsbleus.free.fr/retros/larrieu.htm)
qui célèbrait
à Concarneau, en Bretagne (Finistère),
en 2005, le Centenaire de son festival des Filets Bleus :
la Fête en Bretagne (à la mi-août) :
Gouelioù e Breizh !
Voyez leur site, très intéressant
et très joli : filetsbleus.free.fr
Biographie succincte d'Albert Larrieu
auteur - compositeur - interprète
POÈTE CONTRE VENTS ET MARÉES
Lorsque son père meurt, en 1892, Albert Larrieu
n'a pas 20 ans.
Il a perdu sa mère quinze auparavant.
Il n'est certes pas à la rue car la famille Larrieu
appartient à une lignée de médecins
qui s'est faite une solide réputation à Perpignan.
Le père d'Albert y a laissé le souvenir à
la fois d'un praticien renommé et d'un homme secourable
pour les plus déshérités. Pour suivre la tradition familiale,
il destine tout naturellement son fils à la médecine
et le fait entrer à la faculté de Montpellier.
Déception paternelle ! - Ce que souhaite
le jeune Albert c'est... composer des musiques, écrire
poèmes et chansons, vivre de son art.
Désormais seul, le fils Larrieu s'engage dans les troupes
coloniales, pour rompre avec le passé et se libérer
de ses obligations militaires. Il pourra ainsi, ensuite, laisser
s'épanouir les élans qu'il ressent en lui.
Après quatre ans de service en Annam, en Cochinchine,
il rejoint Paris. Paris, c'est le succès assuré !
Les débuts s'avèrent pourtant difficiles :
Larrieu écrit, compose, hante les éditeurs, mais
la gloire se fait attendre.
Et, un beau jour, la chance tourne : le petit chansonnier
de province va connaître, grâce à sa persévérance,
et aussi à de précieuse rencontres, la célébrité.
UN TALENT ENFIN RECONNU
A Paris, Larrieu a fait la connaissance de Jean Richepin,
poète truculent, auteur dramatique en vogue et amoureux
de la Bretagne, qui possède une résidence à
Douarnenez.
Enthousiasmé par ce jeune troubadour, Richepin le présente
à la Société des Auteurs et Compositeurs.
Dès lors, Larrieu produit sans relâche poèmes,
opérettes et surtout chansons « champêtres »
ou populaires.
L'une de ses oevres les plus connues sera « La Veuve »,
évocation pathétique de la guillotine, qu'interprétera
la grande Damia.
Peu après, il se lie d'amitié avec le plus parisien
des Bretons, l'auteur de l'éternelle « Paimpolaise »,
Théodore Botrel.
Les deux chansonniers ont une sensibilité identique,
même thèmes d'inspiration, même style.
Travaillant désormais ensemble, ils vont de succès
en succès.
En 1905, Botrel fait connaître à son ami « sa Bretagne ».
Il le conduit chez Fernand Le Goût Gérard,
banquier devenu peintre, dont il devient l'accordeur de piano
et à qui il fait entendre ses oeuvres.
Le Goût Gérard passe une partie de
l'année à Concarneau : il va y emmener Larrieu.
LE « TRIO MONTMARTROIS »
Avec deux amis rencontrés lors de ses débuts
à Paris, le guitariste Farrail et le chanteur Delrieu,
Albert Larrieu a créé le « Trio Montmartrois ».
De cabaret en cabaret, de salon en salon on se dispute les
trois artistes qui savent si bien chanter la France des provinces
et la vie des petites gens.
LE « TRIO CONCARNOIS »
Le Goût Gérard, qui fait partie du Comité
des Filets Bleus de Concarneau, demande à Larrieu
de composer une chanson pour cette fête de charité.
Le chansonnier se met à l'ouvrage et bientôt
naît sous sa plume ce refrain qui fera longue carrière :
Vivent les Filets Bleus,
Matelots joyeux,
Petits filets bleus.
( pour le texte
entier de cette chanson d'Albert Larrieu, voir filetsbleus.free.fr/retros/Chanson.htm )
Plusieurs années de suite, le « Trio Montmartrois »
viendra animer la fête, au Petit Château, prenant
part au cortège et accompagnant le « choeur
des sardinières ». Du coup, rebaptisé
« Trio Concarnois », il est attendu
chaque année avec les mêmes ovations. Captivé
par Concarneau, Larrieu écrira aussi d'autres airs « typiquement
concarnois » comme « La Chanson des Sardinières »
ou « Les Vieilles de Concarneau » qu'il
apprend aux jeunes filles du pays pendant les pauses, à
l'usine.
Rapidement, ce Perpignanais inconnu chez lui devient la mascotte
de la fête concarnoise.
Albert Larrieu a aussi écrit des chansons sur d'autres lieux de Bretagne, dont « Les filles de Douarnenez».
D'AUTRES HORIZONS
Eté 1914 : le monde chavire. Larrieu est mobilisé.
Rendu à la vie civile pour raison de santé,
en 1916 il décide de rejoindre les Etats-Unis
pour y chanter la France et contribuer peut-être à
engager ce pays à lutter à nos côtés.
Puis, ce sera le Canada [en mai 1917], où il
est accueilli à bras ouverts. Il y multiplie les tournées
et compose de nouvelles mélodies pour ces cousins d'outre-Atlantique.
Il y restera jusqu'en 1922.
Après avoir figuré parmi les meilleurs chansonniers
de son époque, Albert Larrieu meurt en France [à
Paris le 27 février 1925], à l'âge de 53
ans, pratiquement oublié.
- D'excellente qualité,
la version originale du texte est de Michel Guéguen;
le responsable du présent site l'a ici (légèrement)
adapté pour le Quiébec.
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AU CANADA
Sitôt arrivé au Québec, en mai
1917, Albert Larrieu s'émerveille de ce qu'il voit :
Pouvais-je m'imaginer, que dans le Nord de ce continent
américain, j'allais trouver tout un peuple vivant de nos
traditions, parlant notre langue, ayant gardé nos habitudes,
nos usages, notre manière de penser, nos vieux proverbes,
nos jolies légendes, nos vieilles chansons ?
À Joliette, au profit des "Conscrits" du
diocèse et sous les auspices de l'Association catholique
de la jeunesse canadienne (A.C.J.C), Albert Larrieu, compositeur
et propagandiste de la Bonne chanson de France, vient donner
un concert en juillet 1918, à la salle du marché,
avec le gracieux concours des interprètes de ses chansons,
Mmes Geneviève Lecompte et France Ariel. Or il existe,
sur l'air de Au fond des campagnes (Vi-ve Joli-et-te), une Chanson
de Joliette d'Albert Larrieu, intégralement parue dans
le Passe-temps du 10 août 1918 et dont la copie indique
que cet air "fut chanté à Joliette par
Madame Lecompte le 23 juillet 1918".
C'est encore le Cercle Barthelémy Joliette qui organise
une soirée-concert à la salle du marché
en février 1921. On y présente de nouveau le troubadour
français Albert Larrieu. Des interprètes français
l'accompagnent : Mme Suzanne Galli "une des meilleures cantatrices
de Paris", Mme France Ariel "élève
de Mme Caristie Martel de la Comédie française
et fine diseuse d'une franche gaieté bretonne",
M. Louis Galli connu à "La porte St-Martin".
Ils ont tous revêtu des costumes appropriés pour
"Une veille bretonne", des "Visions canadiennes",
enfin pour une opérette... "Les oeuvres de Larrieu
sont comme un panier de cerises : on prend toujours les
plus belles et on vide le panier sans s'en apercevoir".
On a trouvé que ce soir- là il y avait de jolies
petites choses bien dites... C'est "la 2ème fois
que le public joliettain a l'occasion d'entendre M. Larrieu,
ce comédien de grande scène (venu en juillet 1918),
qui a adopté notre Canada pour sa seconde patrie; dans
les chansons qu'il exécute pour elle, on sent qu'il l'aime
vraiment".
En 1920, Albert Larrieu publie un petit livre livre intitulé
A Propos du Canada Français : Une poignée
de vérité, dans lequel il écrit :
Pendant deux ans, j'ai été l'hôte des
Canadiens français, j'ai vécu parmi eux, je les
ai observés, étudiés, et j'ai pu les apprécier.
[...] Je voudrais que le monde entier lût ce petit livre.
Cependant c'est surtout à mes compatriotes, aux Français
que je m'adresse : presque tous ignorent le Canada, je le
prouverai tout à l'heure. Voilà le lecteur prévenu
: l'auteur de ces lignes est l'ami des Canadiens-français; ce
qu'il désire, c'est les faire aimer comme il les aime.
Il écrit aussi des dépêches et des lettres
aux journaux, tant français que canadiens. Mais, c'est
surtout par la chanson qu'il s'exprime le mieux. Au Canada, il
aura mis en poésie et en musique plus d'une soixantaine
de chansons, publiées surtout chez Archambault,
à Montréal; des chansons dont le sujet est le pays,
le climat, les coutumes, les traditions, les hauts faits historiques
des Canadiens-français. Puis, avec France Ariel, soprano,
et Armand Duprat, baryton, il a donné des concerts partout
au Canada : au Québec bien sûr, mais aussi
en Ontario, dans l'Ouest et dans les Maritimes.
A l'été de 1922, ce Trio Larrieu
fait une tournée de concerts dans l'Ouest canadien
(au Manitoba, en Saskatchewan et en Alberta) et, partout
où il se présente, les journaux La Liberté
et Le Patriote de l'Ouest ne manque pas de publier, la
semaine suivante, des reportages qui décrivent l'admiration
et l'enthousiasme que suscitent ces concerts chez la population
canadienne-française de l'Ouest.
Partout le succès du « Trio Larrieu »
est le même et l'on fait partout promettre au Trio de revenir
donner des concerts.
Mais, devenu quinquagénaire et sentant sans doute sa
santé décliner, Albert Larrieu est retourné
en France en décembre 1922.
Il avait signé « En Acadie »,
une lettre au journal La Croix, de Paris, qui paraît aussi
le jeudi 14 décembre 1922 (p. 1, col. 1 à 4)
dans le journal acadien L'Évangéline. Ce journal,
alors hebdomadaire, annonce ou commente, également en
1922 et durant 8 semaines consécutives, la visite en Acadie
du chansonnier et poète Albert Larrieu et de son Trio :
le jeudi 26 octobre (p. 1, col. 6
et 7),
le jeudi 2 novembre (p. 1, col. 6 et 7),
le jeudi 9 novembre (p. 1, col. 6 et 7),
le jeudi 16 novembre (p. 1 : photographie),
le jeudi 30 novembre (p. 1, col. 1 et 2),
le jeudi 7 décembre (p. 8, col. 2 : 2
articles),
le jeudi 14 décembre (p. 1, col. 5; p. 6, col. 7),
le jeudi 21 décembre (p. 2, col. 1 et 2; p. 5, col. 2). |
Puis, en 1925, le même journal pleure son décès,
survenu à Paris le vendredi 27 février de cette
année-là, deux ans à peine après la fin de
son appréciée visite au Canada, terminée
en Acadie :
le jeudi 26 mars (p. 1, col. 5 et 6; p. 8, col. 3)
le jeudi 30 avril (p. 1, col. 2). |
Source : Index des articles de L'Évangéline
- « C » - chansons et ballades, chanteurs
Centre d'études acadiennes, Université de Moncton
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