Biographie de Calixa Lavallée
Callixte LAVALLÉE naît le 28 décembre
1842 à Verchères (au Québec, Canada),
fils d'Augustin PAQUET dit LAVALLÉE (1816-1903)
et de Marie-Caroline VALENTINE (un patronyme écossais).
- Voir la
lignée patronymique de Calixa LAVALLÉE.
C'est plus tard, aux États-Unis, que Callixte se
fera appeler « Calixa »,
pour faciliter la prononciation de son prénom par les
anglophones.
L'enfant manifeste très tôt de remarquables dispositions
pour la musique et reçoit sa première formation
de son père.
Il joue bientôt du piano, du violon, de l'orgue et du cornet
à pistons, tout en poursuivant des études académiques
au collège de Saint-Hyacinthe, village où s'était
établie sa famille vers 1850, rue des Cascades.
Son père est un forgeron, puis facteur d'orgues
chez le forgeron Joseph CASAVANT (1807-1874) à Saint-Hyacinthe,
avant de devenir luthier à Montréal, qui occupe
ses loisirs à jouer du violon et à diriger une
fanfare.
En 1851, à l'âge de 8 ans, Callixte est
appelé d'urgence à toucher l'orgue à une
cérémonie religieuse, en remplacement de l'organiste.
Deux ans plus tard, à l'âge de 10 ans, Callixte
LAVALLÉE accompagne à l'orgue le choeur de l'église
Notre-Dame de Montréal, qui est de passage à
Saint-Hyacinthe. Le sulpicien maître de chapelle de
Notre-Dame, Messire BARBARIN (1812-1875), est alors vivement
impressionné par le talent du si jeune homme.
Deux ans plus tard, en 1855, l'adolescent se rend à
Montréal pour y étudier le piano avec Paul LETONDAL (1831-1894) et Charles WUGK dit SABATIER (1819-1862).
Un boucher prospère, Léon DEROME, y devient,
en quelque sorte, son père adoptif et, dorénavant,
son indéfectible mécène. Le jeune
LAVALLÉE fréquente avec lui le « Théâtre
Royal » et, dit-on, s'y est même produit comme
pianiste.
Deux ans plus tard, en 1857, à l'âge de
14 ans, Calixa LAVALLÉE part à l'aventure
aux États-Unis, avec une troupe de musiciens ambulants,
de passage à Montréal.
Rendu à la Nouvelle-Orléans, il gagne
le premier prix d'un concours instrumental, puis part en tournée
en Amérique du Sud, aux Antilles et au Mexique
avec un violoniste espagnol du nom d'OLIVERA.
En 1860, il est signalé à Baltimore
puis à Providence (Rhode Island).
En septembre 1861, à l'âge de 18 ans,
il s'engage comme "first class musician" dans le "Fourth
Rhode Island Regiment", y devenant bientôt le premier
cornet.
Il participe à la Guerre de Sécession
et il avouera plus tard avoir été blessé
à la jambe lors de la bataille d'Antietam au Maryland.
Il est licencié de l'Armée du Nord à l'automne
de 1862.
Il revient à Verchères l'année
suivante, en 1863, à l'âge de 20 ans. Le
journal musical de Montréal « Les Beaux Arts »
le décrit de la façon suivante :
Un musicien intelligent et de talent qui
saura bientôt acquérir la confiance de la société
montréalaise...
Le 24 janvier 1864, à l'âge de 21 ans,
il donne un concert au "Mechanics' Hall" (salle
de l'Institut des Artisans) à Montréal comme
pianiste, violoniste et cornettiste. Par la suite, il enseigne
à Montréal et y donne d'autres concerts.
Il se lie d'amitié avec le violoniste-compositeur belge
Frantz JEHIN-PRUME (1839-1899), dès
sa venue à Montréal en 1865, et avec la
cantatrice Rosita DEL VECCHIO (1846-1881) que ce dernier
épouse l'année suivante.
Cependant, LAVALLÉE se lasse de la lenteur des événements
dans le domaine artistique au Québec et décide
de retourner aux États-Unis en 1865.
Mais ce « Canadien errant » reviendra
plus tard à Montréal, où il sera acclamé
comme artiste de grand calibre.
De nouveau aux États-Unis en 1865-66, LAVALLÉE
séjourne en Californie, enseigne en Louisiane
puis revint en Nouvelle-Angleterre, notamment à
Lowell, Mass., où il épouse en 1867 une
Américaine, Josephine GENTILLY ou GENTLY, dont il aura
4 enfants (entre 1869 et 1885), un seul (Raoul) lui survivant
et qui aura postérité.
Il se fixe alors à Boston puis à New
York où, vers 1870, âgé de moins
de 30 ans, il est nommé directeur musical et surintendant
de la "Grand Opera House", théâtre
d'art lyrique et de variétés.
Un opéra-bouffe de sa composition, « Loulou
», était annoncé au début de 1872
mais sa création est contremandée quand le propriétaire
de l'établissement, un certain Jim FISK, est assassiné.
LAVALLÉE rentre, découragé, à
Montréal.
Un article d'une revue montréalaise le décrit
de la façon suivante, en 1872 :
Essentiellement national et par conséquent
populaire, [Calixa LAVALLÉE
s'avère] le véritable musicien national du Canada.
En 1873, son mécène Léon DEROME,
ce prospère boucher montréalais, et son groupe
d'amis décident de lui financer des études musicales
à Paris. Ce rêve qu'il chérissait depuis
déjà plusieurs années se réalise
quelques mois plus tard, alors qu'il a la chance d'y étudier
au Conservatoire l'harmonie auprès des maîtres de
la trempe de BAZIN, BOIELDIEU fils, et le piano auprès
d'Antoine-François MARMONTEL (1816-1898).
À Paris, selon Charles LABELLE (L'Écho
musical, Montréal, le 1er janvier 1888), « ... une
Suite d'orchestre (un concerto) fut même exécutée
en juillet 1874 par un orchestre de 80 musiciens sous
la direction du célèbre chef MATON. »
Il y compose une série d'études pour piano dont
l'une en mi mineur, « Le Papillon », est
inscrite au programme d'études du Conservatoire.
Cette oeuvre connut par la suite de nombreuses éditions
en Europe et en Amérique.
Elle figure encore dans plusieurs collections et anthologies
et fut enregistrée à plusieurs reprises, sur disque
(de 78 tours/minute) notamment par Myrtle EOVER (Victor 21012)
à une date indéterminée et par Frank LA
FORGE (Victor Red Seal 64083) en 1908.
Le maître MARMONTEL lui envoie un témoignage
digne de son talent, à la suite d'une de ses compositions
musicales interprétée par un orchestre parisien
en 1874 :
Je compte sur vous pour transmettre à
vos chers compatriotes les conseils que je vous ai donnés
et que vous avez su apprécier. Faites aimer et comprendre
la belle musique, faites estimer l'art et les artistes et prouvez
aux envieux et aux détracteurs que vous avez un talent
à l'abri de tout reproche. Je compte sur vous et je ne
doute pas un instant de votre honneur et de votre délicatesse.
Votre professeur et ami, Marmontel.
De retour d'Europe, Calixa LAVALLÉE débarque
à Québec le 25 juillet 1875.
Il a en poche une lettre de MARMONTEL datée du 5 juillet :
... je vous dis cordialement adieu et vous
désire tout le succès que vous méritez par
votre constant et courageux travail. Je suis certain que vos
amis... trouveront votre talent transformé au double point
de vue du style et de la bravoure contenue...
À Montréal, LAVALLÉE ouvre un
studio de musique en partenariat avec JEHIN-PRUME et la femme
de ce dernier, Rosita DEL VECCHIO, soprano.
Le 9 septembre suivant 1875, il donne au « Cabinet
de lecture » de la rue Notre-Dame un concert gratuit
pour ceux qui l'avaient aidé à réaliser
ce séjour en Europe.
Il présente ensuite quelques-unes de ses oeuvres à
Québec, le 1er décembre, puis à Montréal,
au "Mechanics' Hall", huit jours plus tard.
Dans le journal La Minerve (du 9 et 10 décembre 1875),
Guillaume COUTURE (1851-1915) salue en LAVALÉÉ
« l'une de nos gloires nationales
» et ajoute qu'il avait su « tour
à tour être brillant, élégant, fougueux,
délicat et passionné ».
En 1877, à l'âge de 34 ans, Calixa LAVALLÉE
dirige à l'Académie de musique (un théâtre
de 2100 places) à Montréal un orchestre
de 58 instrumentistes où Frantz JEHIN-PRUME est le chef
des choeurs et violon solo, lors des 18 représentations
mémorables de « Jeanne d'Arc »,
drame de Jules BARBIER avec musique de GOUNOD, dans lesquelles
Rosita DEL VECCHIO, la femme de Frantz, tient le rôle titre.
Le Journal La Minerve (15 mai 1877) qualifie la première
de « succès éclatant »,
ajoutant que « rien de tel ne s'était
encore vu en cette ville ».
LAVALLÉE échoue cependant
dans ses démarches auprès du gouvernement du
Québec afin d'obtenir des fonds pour ouvrir un
conservatoire.
Il est Maître de chapelle à l'église-cathédrale
Saint-Jacques-le-Mineur (1875-79).
Il est élu (1876-77, 1879-80) à
la présidence de l'Académie de musique du Québec.
En avril et mai 1878, à l'âge de 35 ans,
il dirige à Montréal et à Québec
une production de l'opéra-comique « La Dame blanche » de BOIELDIEU
père.
Puis il se fixe à Québec, où il
écrit en toute hâte une cantate pour la visite du
gouverneur général du Canada, le marquis de LORNE
et de son épouse, la princesse Louise, fille de la reine
Victoria.
L'oeuvre est exécutée le 11 juin 1879
avec un succès considérable.
Mais le gouvernement du Québec refuse
de rembourser à LAVALLÉE les frais encourus
et le compositeur se retrouve donc endetté de plusieurs
centaines de dollars d'alors.
Par la suite, LAVALLÉE vit dans l'ombre, donnant des
leçons et touchant un maigre revenu comme maître
de chapelle à l'église Saint-Patrice et chef
d'un corps de musique.
Le 2 décembre 1879, il participe cependant à
un concert présenté par JEHIN-PRUME au "Mechanics'
Hall" (salle de l'Institut des Artisans) à
Montréal.
Nommé ensuite membre du comité de musique mis
sur pied pour la Convention nationale des Canadiens français
en juin 1880 à Québec, il compose pour l'occasion
la musique d'un chant national sur laquelle le juge Adolphe-Basile
ROUTHIER (1839-1920) écrit des paroles.
Cet hymne « Ô Canada » est créé
par trois corps de musique réunis lors d'un banquet au
Pavillon des Patineurs de Québec, le jeudi 24 juin 1880,
et obtient un succès décisif.
Mais la situation financière de LAVALLÉE demeure
précaire et il subit de plus les premières atteintes
du mal qui allait l'emporter, une laryngite tuberculeuse.
Au début des années 1880, LAVALLÉE
accompagne en tournée aux États-Unis Etelka GERSTER,
soprano hongroise, mais il n'est pas à ses côtés
lorsqu'elle se produit ensuite au Canada.
Déçu dans son espoir de fonder
un conservatoire de musique au Canada, Calixa LAVALLÉE
s'établit aux États-Unis à la fin
de 1880 et réside à Boston en 1882,
où il passera ses dernières années, enseignant
la musique et participant à divers concerts.
Après quelques concerts avec JEHIN-PRUME et DEL VECCHIO,
il se rend avec eux à Hartford, Connecticut, pour
un engagement le 3 décembre 1881.
Son opéra-comique "TheWidow" est à
cette époque présenté à la Nouvelle-Orléans
et dans d'autres villes.
Il est ensuite pianiste sur un traversier de la "Colonial
Line" entre Boston et New York.
À Boston, il ouvre un studio vers 1882
et y enseigne l'harmonie, l'instrumentation et la composition
à l'académie de musique "Carlyle Petersilea",
tout en étant maître de chapelle à
la cathédrale catholique Holy Cross.
Il publie en 1883 une « satire musicale
mélodramatique », TIQ (The Indian Question
Settled at Last). Sa réputation ne tarde pas à
se répandre dans les milieux musicaux des États-Unis.
LAVALLÉE, comme l'avait fait Louis-Joseph PAPINEAU
à la fin de sa vie, se déclare publiquement en
faveur de l'annexion du Canada aux États-Unis.
À titre de membre actif de la "Music Teachers'
National Association", il organise et participe à
un concert entièrement consacré aux compositeurs
des États-Unis, le premier du genre, tenu à
Cleveland le 3 juillet 1884.
Un an plus tard, un concert analogue est présenté
à l'"Academy of Music" de New York et
on y donne aussi un « Offertoire » de LAVALLÉE.
En 1886, il est président d'un regroupement
de Canadiens français émigrés, la « Ligue
des Patriotes de Fall River, Mass. ».
Il est aussi élu président de la "Music
Teachers' National Association", qui le délégue
à un congrès de la "National Society of Professional
Musicians" de Londres, en janvier 1888. Lavallée
y prononce un discours remarquable sur la prise de conscience
collective des musiciens des États-Unis. Il y fait entendre
une « Marche américaine » de sa
composition puis revient à Boston, via Montréal,
reprenant une activité toujours aussi intense : leçons,
concerts, articles de journaux et composition.
Bien qu'établi définitivement aux États-unis,
il n'oubliait pas le Canada : « Mon but
dant tout ceci, écrivait-il à Aristide Filiatreault
(lettre du 14 mars 1890), est de tâcher de réveiller
notre cher peuple et par petites doses de temps à autre;
peut-être arriverons-nous à leur faire comprendre
qu'il faut apprendre à marcher avant de pouvoir courir. »
En juillet 1890, il organise le congrès de la
"Music Teachers' National Association" à
Detroit, où sa « Suite pour violoncelle
et piano en quatre mouvements » (un concerto) soulève
l'enthousiasme, telle que jouée par lui et le violoncelliste
Charles HEYDLER.
Aux professeurs présents qui réclament la partition,
il admet que seule celle du violoncelle avait été
écrite. Plus tard, un éditeur connu de musique
d'harmonie, CUNDY, lui suggére de s'enrichir en écrivant
ce genre de musique. LAVALLÉE lui répond :
Je préférerais qu'on se
souvienne de moi grâce à quelques compositions de
valeur artistique plutôt que de m'enrichir facilement dans
d'autres secteurs de la composition musicale.
Rapporté par Henry F. MILLER,
facteur de pianos de Boston, dans "Freund's Music and Drama",
31 janvier 1891.
À l'automne de 1890, la maladie contraint LAVALLÉE
à s'aliter et à abandonner sa charge d'organisateur
du congrès de Chicago prévu pour 1892. Les douleurs
à la gorge lui deviennent de plus en plus vives et son
état général s'aggrave.
Au début de janvier 1891, Léon DEROME
accourt à son chevet.
Le 21 janvier, vers minuit, Calixa LAVALLÉE expire
à sa résidence du 4, rue Brookford, dans le quartier
Dorchester, à Boston.
Des funérailles solennelles sont célébrées
deux jours plus tard à la cathédrale Holy Cross,
en présence de l'archevêque John Joseph WILLIAMS
et de nombreux collègues américains et canadiens.
Aucun sermon ou éloge funèbre n'est cependant prononcé.
Le violoniste Alfred DE SÈVE (1858-1927) est au
nombre des porteurs. La dépouille est ensuite inhumée
au cimetière Mount Benedict.
Calixa LAVALLÉE n'aura vécu que 48 ans et 24
jours.
La dépouille mortelle de ce grand compositeur sera
transportée de Boston à Montréal
au mois de juillet 1933 et mise en terre, en grande pompe,
au cimetière de la Côte-des-Neiges.
C'est grâce à l'initiative d'un comité
montréalais où figuraient Eugène LAPIERRE (1899-1970), la basse
Ulysse PAQUIN (1885-1972) et le chef de musique
Joseph-L. GARIÉPY que les restes du musicien furent ramenés
à Montréal en grande pompe le 13 juillet 1933,
42 ans après sa mort, et inhumés au cimetière
de la Côte-des-Neiges après un service solennel
à l'église Notre-Dame.
À cette occasion, son nom fut donné à
une avenue traversant le parc Lafontaine et, plus tard, au centre
culturel situé au coeur de ce parc.
« Calixa Lavallée » devint ensuite
le nom d'une école polyvalente de la région montréalaise,
de rues à Granby, Joliette, Laval, Québec, Saint-Hyacinthe,
Shawinigan, Trois-Rivières, ... ainsi que d'une chorale
de l'Université d'Ottawa, et aussi le nom de son village
natal.
« Le malchanceux national ! »,
s'exclame Eugène LAPIERRE (1899-1970), biographe
de Calixa LAVALLÉE, lorsqu'il apprend la destruction
par le feu de la maison natale de celui-ci, le 27 mars 1949,
le feu emportant aussi en cendres des caisses de documents
irremplaçables, prolongeant les pertes et malheurs
qu'avait connus Calixa LAVALLÉE de son vivant.
En 1991, pour commémorer le centenaire du décès
de Calixa LAVALLÉE, la Société Saint-Jean-Baptiste
de Montréal garnissait sa tombe d'une nouvelle stèle
portant ces mots qu'il avait écrits, résumant l'idéal
de sa vie :
Mon but [dans
tout ceci] est de tâcher de réveiller notre cher
peuple par petites doses de temps à autre. Peut-être
arriverons-nous, un jour, à leur faire comprendre qu'il
faut apprendre à marcher avant de pouvoir courir.
[Lettre de Calixa LAVALLÉE
à Aristide Filiatreault 14 mars 1890.]
Appréciation de Calixa LAVALLÉE
Le regretté Gilles POTVIN (1923-2000) concluait :
Calixa LAVALLÉE est probablement
le plus illustre représentant de cette génération
de pionniers qui ont travaillé à l'épanouissement
de la musique au Canada, après une longue période
de stagnation et de balbutiement bien caractéristique
de la vie musicale en Amérique du Nord, entre les années
de colonisation par les Français et les Anglais et le
milieu du XIXe siècle.
LAVALLÉE compositeur
Exceptionnellement doué, Lavallée avait reçu
sa formation à Montréal et à Paris dans
les milieux traditionnels. Ainsi pourrait s'expliquer le caractère
conventionnel de ses oeuvres et leur adhésion à
divers styles à la mode. Admirateur fervent de Charles
GOUNOD, il n'a pas semblé avoir été sensible
aux innovations d'un BERLIOZ ou d'un WAGNER, par exemple.
Les oeuvres de LAVALLÉE démontrent toutefois
une grande facilité ainsi qu'un sens inné de la
mélodie et du rythme. L'écriture harmonique et
la forme s'écartent rarement de la tradition.
Son goût des voyages et l'obligation dans laquelle il
se trouvait de devoir assurer sa subsistance dans un milieu peu
propice ne lui ont pas permis d'élaborer des oeuvres d'envergure
ou de développer un style personnel.
Compositeur d'occasion, il était plutôt enclin
à écrire des morceaux de bravoure pour le piano,
des romances à la mode, des opérettes faciles et
des cantates de circonstance dans la veine d'un GOUNOD, d'un
OFFENBACH ou d'un SULLIVAN.
Certaines oeuvres plus ambitieuses, même inachevées,
démontrent qu'il aurait pu devenir un compositeur d'envergure.
Il est permis d'affirmer qu'il se préoccupait peu
du sort de ses oeuvres, il était soucieux de produire
dans l'immédiat sans s'inquiéter le moindrement
de la postérité. Ainsi, du nombre relativement
impressionnant de ses compositions, plus de la moitié
ont été perdues ou détruites. Leur découverte
imposerait sans doute une réévaluation de l'ensemble
de son oeuvre.
LAVALLÉE interprète
Comme pianiste, son jeu brillant et articulé
soulevait l'enthousiasme des auditoires, surtout lorsqu'il interprétait
ses propres morceaux de bravoure. Il appert toutefois qu'il
pouvait exécuter avec sensibilité et profondeur
des pages comme l'« Appassionata » de Beethoven.
Ce brio naturel et cette facilité à produire lui
ont valu la reconnaissance immédiate de ses concitoyens,
qui ne tardèrent pas à le déclarer « musicien
national » bien avant qu'il ait composé le
chant qui est devenu l'hymne national du Canada, lui assurant
l'immortalité.
LAVALLÉE initiateur et exemplaire
Sur le plan humain, son dévouement à la cause
de l'avancement artistique de ses compatriotes ne laisse
aucun doute. Il contribua d'une part à la formation d'Alexis CONTANT (1858-1918) de Bernadette
DUFRESNE, du comte de PREMIO-REAL, de Philéas ROY (1857-1939), de Joseph VÉZINA (1849-1924) et de plusieurs
autres.
Nombreuses surtout sont les initiatives qu'il a prises dans
des domaines comme l'enseignement et la production d'oeuvres
lyriques.
Mais il fut constamment obligé de combattre l'ignorance,
l'indifférence et même l'hostilité des siens.
Il est difficile d'expliquer autrement l'exil volontaire qu'il
s'imposa, espérant sans doute trouver outre-frontière
un terrain plus propice à son action.
Calixa LAVALLÉE doit être considéré
l'un des premiers musiciens de calibre entièrement
professionnel nés au Canada et aussi l'un des véritables
pionniers de la musique dans son pays et même aux États-Unis.
Pour ses contemporains, les générations qui
ont suivi et encore aujourd'hui, Calixa LAVALLÉE demeure
l'exemple vivant du musicien de talent, honnête, persévérant,
ardent au travail et entièrement voué à
son art.
Avec Eugène LAPIERRE, on peut répéter
:
Pour Lavallée, comme pour les grands
artistes, le chef-d'oeuvre de toute sa vie, c'est d'abord ce
qu'il voulut être.
LAVALLÉE inoubliable
Si l'on excepte l'hymne « Ô Canada »,
l'oeuvre de Lavallée demeure largement méconnue.
À la suite des efforts de musiciens et chercheurs comme
Eugène LAPIERRE (1899-1970), Joseph VÉZINA (1849-1924), J.-J. GAGNIER (1885-1949) et Helmut KALLMANN (1922-1946), certaines oeuvres
ont été mises à jour et exécutées.
À la Société Radio-Canada, des émissions
de radio et de télévision ont contribué
à faire connaître le musicien et ses oeuvres.
Des extraits de "The Widow" ont été enregistrés
sur disque et l'oeuvre a été reprise sur scène
à Hamilton en 1976.
La musique du ballet « Pointes sur glace »
est composée de pages de LAVALLÉE réunies
et orchestrées par Edmund ASSALY (1920-1983). L'oeuvre fut créée
par les « Grands ballets canadiens » en
1967.
La vie et la carrière de Lavallée sont le sujet
d'une comédie dramatique d'Eugène LAPIERRE (1899-1970), « Le
Traversier de Boston » (1933), et d'une comédie
dramatique et musicale, « Le Vagabond de la gloire »,
dont Eugène LAPIERRE a écrit la musique sur un
livret d'Aimé PLAMONDON.
À Calixa LAVALLÉE, le Centre de musique canadienne a décerné
le statut de « compositeur agréé »,
à titre posthume.
En 1959, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal
créait le « Prix de musique Calixa-LAVALLÉE »
décerné annuellement à un musicien du Québec.
L'hymne « Ô Canada »
En 1880, à l'occasion du Congrès national
des Canadiens-Français, qui se tiendra en juin 1880, et
qui devait culminer avec la célébration de la fête
de Saint Jean-Baptiste, Calixa LAVALLÉE est sollicité
pour composer la musique d'un hymne au Canada.
C'est Ernest GAGNON, l'un des meilleurs pianistes de son temps,
qui a suggéré à Calixa LAVALLÉE et
au juge Adolphe-Basile ROUTHIER (1839-1920), versificateur, de
préparer un chant national pour ce Congrès.
LAVALLÉE aurait insisté auprès de ROUTHIER
pour composer la musique en premier, ce qui permit à ROUTHIER
d'écrire son poème, « Ô Canada,
terre de nos aïeux », en tenant compte de la
mesure et du rythme imposés par LAVALLÉE. - En
atteste, notamment, une lettre, datée du 12 février 1907,
de ROUTHIER au Dr Thomas Bedford RICHARDSON, l'un des premiers
à avoir adapté le poème en anglais.
C'est dans sa résidence du 22 de la rue Couillard à
Québec que, en une seule soirée, Calixa LAVALLÉE
compose la musique de ce qui devait être généralement
accepté et proclamé cent ans plus tard l'hymne
national officiel du Canada.
Il avait été entendu que la musique entraînante
de LAVALLÉE devait d'abord être jouée à
la fin de la grand'messe de la Saint-Jean, le 24 juin 1880. Cependant,
pour des raisons obscures, on décida de reporter l'audition
de l'hymne au lendemain, le vendredi 25 juin 1880, lors d'une
réception du lieutenant-gouverneur du Québec, Théodore
ROBITAILLE, en l'honneur du gouverneur général,
le Marquis de LORNE, dans les jardins de « Spencer
Wood » (plus tard nommé « Bois-de-Coulonge »).
Mais, comme les amis de LAVALLÉE étaient d'avis
qu'il eût été malheureux que le chant « Ô
Canada » soit lancé lors d'une cérémonie
où, en définitive, il y aurait relativement peu
de spectateurs, on arrangea pour la soirée du 24 juin
une occasion où pourrait être exécutée
la mélodie de LAVALLÉE.
Ce fut le jeudi 24 juin 1880, à la fin du banquet qui
devait couronner les fêtes de la Saint-Jean, et auquel
participaient les plus hauts dignitaires de la Province, que
l'« Ô Canada » allait retentir pour
la première fois. Toutes les personnes présentes
à ce moment dans le Pavillon des Patineurs, où
se tenait le banquet, en restèrent électrisées.
Au cours des années, il est apparu de nombreuses versions
anglaises des paroles de ce chant populaire. La version anglaise officielle est basée
sur celle composée en 1908, à l'occasion du tricentenaire
de la fondation de la ville de Québec, par le juge Robert
Stanley WEIR. Ces paroles de WEIR (1856-1926) doivent leur grande
popularité au Canada au fait que, dès 1911, elles
figuraient à l'endos de la couverture de nombreux volumes
scolaires dans plusieurs provinces canadiennes. La version anglaise
officielle incorpore les changements apportés en 1968
par un comité mixte du Sénat et de la Chambre des
communes du Canada.
La version française, de Basile ROUTHIER, n'a pas été
modifiée.
Sir Adolphe-Basile ROUTHIER
Né le 8 mai 1839 à Saint-Placide, sur les bords
de l'Outaouais, Adolphe-Basile ROUTHIER fait ses études
en droit à l'Université Laval et pratique à
Kamouraska.
ROUTHIER est nommé juge à la Cour supérieure
du Québec en 1873, à l'âge de 34 ans, et
devient juge en chef du Québec de 1904 jusqu'à
sa retraite en 1906, à l'âge de 67 ans.
Il était probablement mieux connu en tant que poète
(versificateur) plutôt que juge. On peut donc comprendre
qu'on lui demanda d'écrire les paroles d'un hymne présenté
au Congrès national des Canadiens-Francais en 1880. Son
poème, « Ô Canada », obtint
un grand succès, dès sa première présentation.
Ô Canada ! Terre de nos aïeux,
Ton front est ceint de fleurons glorieux !
Car ton bras sait porter l'épée,
Il sait porter la croix !
Ton histoire est une épopée
Des plus brillants exploits.
Et ta valeur, de foi trempée,
Protégera nos foyers et nos droits.
Protégera nos foyers et nos droits.
[...]
Adolphe ROUTHIER devient "Sir" en 1911 : Chevalier
de l'Ordre du Bain (K.B.).
Il est membre fondateur du Société Royale du
Canada, dont il sera le président en 1914-1915.
Sir Adolphe-Basile ROUTHIER meurt le 27 juin 1920, à
l'âge de 81 ans, à Saint-Irenée-les-Bains
(sur l'emplacement actuel du centre musical
nommé « Domaine Forget »).
|
Une traduction libre en français de
la version anglaise de l'hymne national canadien
(inspirée de celle du juge Robert Stanley
WEIR, 1908)
Ô Canada, notre patrie et pays natal
Objet de l'amour patriotique de tous tes fils
Le coeur heureux, nous te regardons grandir
Pays du nord, puissant et libre
De loin et de partout, Ô Canada
Nous sommes prêts à tout pour toi
Dieu garde notre patrie glorieuse et libre
Ô Canada, nous sommes prêts à tout pour toi
Ô Canada, nous sommes prêts à tout pour toi.
[...]
|
Plagiat musical ?
Certains ont perçu que la musique de cet hymne canadien
aurait pu avoir été en partie inspirée par
celle de l'ouverture du 2e acte de l'opéra « La
Flûte enchantée », de Mozart (1756-1791).
- Simple coïncidence ? ...anticipation mozartienne ?
Qu'en est-il, de même, de la musique de l'hymne « La
Marseillaise » (« Le Chant de guerre pour
l'armée du Rhin », composé à
Strasbourg, le 25 avril 1792, par Joseph Rouget de Lisle) ?
- Le 25e Concerto pour piano, en ut (K 503), du même
Mozart, l'aurait-il inspirée ? ...anticipée ?
Les 6 premières notes du thème principal du
premier mouvement sont identiques (« Allons enfants
de la »); et jusqu'à « le jour de
gloire est arrivé » c'est le même
tempo !
Faut-il en faire des plats ??
- Il faudrait non seulement (1°) prouver l'influence...
mais aussi (2°) se placer dans le contexte de l'époque :
...des coutumes, droits et libertés d'alors !
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